Texte collectif concernant le festival écoféministe « Sauvageonnes » (septembre 2020)

Du 17 au 19 septembre 2020 s’est déroulé, à Toulouse, le festival écoféministe « Sauvageonnes ». Voix Déterres y était représenté aussi bien parmi les intervenant.e.s que parmi les participante.s. Ce festival, dans lequel nous avions tou.te.s placé.e.s beaucoup d’attentes et d’espoir a été la source de nombreuses déceptions et désillusions.

Le texte que vous trouverez ici fut rédigé lors de ce festival et lu, lors de la dernière table ronde se tenant le 19 septembre 2020 par Myriam Bahaffou et d’autres personnes concernées et impliquées: 10ket, Adel Tincelin, Emmanuelle Sanchez, Julie Gorecki, Laetitia Caumes, Laurence Marty, Leila Barkaoui, Margaux le Donné, Renda Belmallem, Yasmine Bahaffou.

Il nous semble important de le partager ici pour ne pas passer sous silence cet épisode qui témoigne de violences encore trop souvent présentes au sein de cercles se revendiquant comme écoféministes.

« Ces phrases sont issues d’une volonté collective, d’une urgence face à la situation de ce festival. Nous parlons à partir de nous-mêmes, quand je dis nous ça commence par moi, Myriam, et sur mon vécu, ma position, entendue comme une perspective politique sur le monde, pas comme une simple histoire personnelle. Nous avons donc trouvé nécessaire, et urgent, encore une fois, de dire ce qui nous traversait, et continue de nous traverser. Si le but de l’écoféminisme est de s’empuissanter et de se donner une énergie à la fois résistante et créatrice, alors c’est finalement le moment de s’exprimer et de ne pas avoir honte, ne pas mettre de côté, ne pas relativiser.

Nous sommes là pour dire ce qui est, sans avoir à nous coucher la boule au ventre, à passer des nuits blanches, ou à carrément quitter le festival, comme c’est arrivé à plein d’entre nous.

Jeudi soir a eu lieu une table ronde à laquelle j’ai participé, avec d’autres personnes. Comme vous le savez peut-être, elle a été le lieu d’énormes violences. Nous avons eu droit à un exposé avec tableaux et cases sur une bi-catégorisation du mâle et de la femelle, et de leurs attributs respectifs.

Nous avons eu l’utilisation du terme décolonisation sans jamais parler des enjeux de race : ce blanchiment de nos outils élaborés à la sueur de nos peuples est un processus bien connu des minorités de race dont nous faisons partie. Nous avons également eu une absence totale de remise en question de soi, de point de vue situé, ou d’une quelconque humilité dans l’approche, ce qui a provoqué des des hauts le cœur, des départs de la salle en masse, et même carrément du festival. En dehors de cette intervention traumatisante, plusieurs autres micro-problèmes ont eu lieu tout le long du festival : des mots soit-disant maladroits, des images pour le moins problématiques, et surtout un aveuglement complet de certaines personnes de l’organisation à toutes ces critiques.

La transphobie n’est pas un avis. Le racisme n’est pas un avis. L’affirmation sans équivoque selon laquelle le travail du sexe est une abomination n’est pas un avis. Nous ne demandons pas d’avis ni de débat sur ces questions, sinon nous ne serions pas là. Un (éco)féminisme sans personnes trans, entre personnes cisgenres, blanches, intellectuelles, qui nous casent dans des tableaux, parle du « folklore de la Pachamama », considère la race comme un mot « problématique » n’est pas un féminisme.

On ne peut plus donner la parole aux mêmes personnes qui alimentent la haine des trans, des racisées ou des autres minorités. Nous n’avons plus d’excuse pour faire comme s’il s’agissait d’une simple opinion sans conséquences. L’écoféminisme ne peut sincèrement pas se réduire à une pensée mâle et femelle, pour ensuite nous dire que non, l’essentialisme est un faux problème du mouvement. Nous avons été siédéré.es, tétanisé.es pendant cette table ronde, sans compter encore une fois d’autres situations balayées d’un revers de main par certaines personnes.

Les écoféminismes ont encore du chemin devant elleux. Et nous avons du taff. Nous avons des communautés à créer, le système capitaliste à abattre, des alliances à former, et ce n’est pas en nous remettant dans des cases de Powerpoint que nous allons y arriver. Nous avons peu de temps, et tellement à faire.

Nommons donc notre champ d’action, sans équivoque : intersectionnel, décolonial, antiraciste, transféministe. Ce ne sont pas que des mots. Si nous ne pouvons pas être à leur hauteur, ne les utilisons pas. N’invitons pas à parler de Stone Butch Blues pour ensuite nous dire que nous sommes femelles. Ne parlons pas « d’espace écoféministe » quand il n’y a aucune place pour les questions au public après les interventions.

Ce sont toujours les mêmes qui doivent faire la leçon. Nous en avons marre de faire la leçon aux fausses féministes blanches, occidentales, qui utilisent leur cadre de pensée comme référentiel unique. Ce sont toujours les arabes, les noirs, les putes, les trans et toustes les autres qui doivent se lever et se casser. L’écoféminisme ne peut sincèrement pas être ça. Organisons collectivement et faisons reposer les décisions sur toustes, pas sur une minorité qui décide et agit envers et contre les multiples sonnettes d’alarmes qui ont été tirées par beaucoup d’entre nous.

Finalement, ce qui s’est passé reflète exactement ce qui est systématiquement reproché à l’écoféminisme en France : sa volonté d’allier tout et n’importe quoi, son essentialisme binaire, et sa blanchité écrasante. Nous espérons que nous pourrons faire naître de cette colère une mutation dans les esprits, pour qu’un réel changement s’opère, entre nous, entre vous. « 

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